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Etat des milieux aquatiques
 

Les zones humides

Les zones humides sont des milieux plus ou moins gorgés d'eau douce ou saumâtre temporairement ou en permanence, et dont la végétation a un caractère hygrophile marqué (article 2 de la loi sur l'eau). Elles englobent :

  • des milieux littoraux soumis à l'influence marine : marais côtiers, vasières et prés salés, estuaires,
  • des milieux continentaux : ruisseaux, marais, tourbières, étangs et mares, berges des lacs et rivières, prairies inondables...

Elles présentent un intérêt majeur vis-à-vis du fonctionnement hydrique global de la vallée alluviale : amortissement des crues par les zones naturelles d'expansion des crues, alimentation des nappes et régulation des cours d'eau à l'étiage, autoépuration.

 

Les écosystèmes humides sont riches, diversifiés et productifs (oiseaux, poissons, coquillages,...). Ils renferment des espèces végétales ou animales et des habitats rares. Les annexes des rivières (noues, bras morts, berges) sont des refuges et des lieux de reproduction et de nourrissage privilégiés pour de nombreuses espèces. Les zones estuariennes ont une fonction essentielle dans la production primaire qui intéresse toute la zone littorale. La carte 9 présente les zones naturelles d'intérêt écologique, faunistique et floristique(2) (ZNIEFF) à composante humide sur le bassin.

 

Voir la carte 9

(2) L'inventaire des zones naturelles d'intérêt écologique, faunistique et floristique a été lancé en 1982 pour servir de base et de référence à des politiques volontaristes d'intervention et orienter les décisions d'aménagement. Il s'agit d'un porter-à-connaissance ne préjugeant en rien des protections nécessaires. Les ZNIEFF répertoriées sont de deux types. Les ZNIEFF de type 1 présentent une valeur écologique de premier ordre : espèces ou milieux localement rares ou remarquables, qu'il importe de préserver. Les ZNIEFF de type 2 sont des grands ensembles naturels, tels que vallée, estuaire, massif forestier, riches et peu modifiés et offrant des potentialités biologiques intéressantes. Dans le bassin Seine-Normandie, on compte 3 150 ZNIEFF 1 représentant 7 500 km2 et 500 ZNIEFF 2 représentant 19 000 km2.

 

On notera l'importance des vallées inventoriées dans les ZNIEFF de type 2. Les vallées alluviales constituent en effet de vastes zones biologiques intéressantes par la juxtaposition de prairies, de forêts, spontanées ou non, de marécages, de bras morts. La pression des activités humaines - extension des cultures intensives au détriment de la prairie permanente, urbanisation, infrastructures, exploitation des gravières - conduit toutefois au morcellement de ces grands ensembles.

 

Les zones humides dont l'intérêt dépasse le cadre local sont nombreuses et réparties sur tout le bassin. Les cartes 10 et 18 mentionnent les plus importantes sur le plan écologique et celles qui font l'objet d'une reconnaissance ou d'une protection particulière.

 

La frange littorale de Seine-Normandie est particulièrement riche en zones humides d'intérêt majeur : marais du Cotentin et du Bessin, baie des Veys, baie du Mont-St-Michel, estuaire de la Seine...

 

Voir la carte 10

Plus de la moitié des zones humides ont disparu au cours des deux dernières décennies. Cette évolution s'accompagne d'une dégradation de la qualité floristique, faunistique et fonctionnelle de ces milieux. Les politiques agricoles et d'équipement restent fortement responsables de cette régression qui atteint même des sites d'intérêt national ou bénéficiant d'une protection forte, en dépit des fonctions exceptionnelles reconnues à ces milieux.

 

Les causes de régression sont multiples :

  • le plus souvent il y a passage de la prairie à la culture après drainage, ou boisement (peupleraie),
  • exploitation du sous-sol : matériaux alluvionnaires, tourbe,
  • urbanisation, industrialisation, aménagements portuaires (estuaire de la Seine), remblaiements,
  • dépôt des produits de dragage (boucles de la Seine),
  • création d'étangs pour la chasse et/ou la pêche,
  • assèchement par prélèvements excessifs en nappe.

Les mares, jadis abondantes sur les plateaux, ont souvent été asséchées. Leur intérêt hydraulique et écologique doit être souligné.

 

LES COURS D'EAU

La qualité globale des cours d'eau est appréciée par le croisement de la qualité physico-chimique avec la qualité des habitats et des populations aquatiques. La carte 11 (établie à partir de données des schémas départementaux de vocation piscicole) montre que seul un quart (28 %) du réseau hydrographique de Seine-Normandie a une bonne qualité globale, un quart (26 %) est très dégradé. On remarque un net gradient de dégradation des auréoles externes vers l'Ile-de-France. La dégradation touche non seulement les grands cours d'eau mais aussi le chevelu. Sur la quasi totalité du linéaire, des ouvrages transversaux (barrages divers, moulins...) interdisent le libre déplacement des populations piscicoles. La dégradation de la qualité physico-chimique des eaux des rivières est détaillée dans le chapitre suivant.

 

Voir la carte 11

La carte 12 montre la répartition des cours d'eau du bassin Seine-Normandie entre rivières de première catégorie ou salmonicole et de seconde catégorie ou cyprinicole (3).

 

Voir la carte 12

(3) Cette distinction a un caractère administratif (réglementation de la pêche) et est fondée sur des critères morphologiques et non pas sur les populations réellement observables qui peuvent être très différentes en fonction des altérations subies. L'extension des secteurs présentant un faciès cyprinicole (au détriment de ceux ayant un faciès salmonicole), traduit l'uniformisation à un niveau de qualité moyen ou médiocre de l'ensemble du réseau, y compris dans les têtes de bassin (carte 14).

 

Voir la carte 13

Le brochet se reproduit sur les zones latérales humides régulièrement inondées par les crues de printemps. La raréfaction de ces milieux menace cette espèce caractéristique des cours d'eau cyprinicoles qui n'est maintenue dans certains sites que par alevinage.

 

La comparaison de la répartition actuelle et passée des grands migrateurs (aloses, lamproies, saumons, truites de mer, anguilles - carte 13 -) dans le bassin montre les atteintes fortes et difficilement réversibles portées aux milieux aquatiques : le saumon était présent autrefois de la mer à l'amont du bassin. Avant sa réintroduction volontaire sur quelques rivières, il avait disparu de la plupart des grands axes.

 

Voir la carte 14

La présence des migrateurs est un bon indicateur à la fois de la qualité des eaux, mais aussi du libre écoulement des rivières entre les hauts bassins où ils fraient, et les estuaires qui leur donnent accès à la mer.

Les buses à clapets au débouché des rivières de Haute-Normandie sont un handicap sérieux à la remontée des poissons migrateurs.

 

LES PLANS D'EAU LIBRES ET GRAVIERES

Le bassin compte plusieurs milliers de lacs et plans d'eau. Très peu sont naturels. Quelques uns résultent des barrages-réservoirs, la plupart sont d'anciens sites d'extraction de matériaux alluvionnaires.

 

Un petit nombre de ces plans d'eau artificiels ont acquis un intérêt paysager ou écologique relatif ou permettent le développement d'activités touristiques et de loisirs.

 

Les grands barrages-réservoirs sur le bassin amont sont devenus des sites favorables aux oiseaux migrateurs et hivernants. Certains ont acquis une importance majeure (européenne) pour de nombreuses espèces (grues cendrées, oies, canards siffleurs...).

 

La plupart des gravières, faute d'aménagement des rives ou parce qu'elles sont implantées de façon anarchique, offrent des milieux peu diversifiés, mal intégrés dans les paysages. Leur multiplication contribue à l'appauvrissement des milieux aquatiques voisins : dérive des peuplements piscicoles, risques de pollution de la nappe alluviale... La densité des gravières est forte dans certaines vallées.

 

LE LITTORAL

Outre la pollution de ses eaux par les apports telluriques et la régression des zones humides, évoqués ci-avant, le littoral normand présente un certain nombre de problèmes particuliers qui peuvent être aggravés par les ouvrages structurants ou les usages :

  • perturbations écologiques liées à des processus biologiques (prolifération ou disparition d'espèces) ou à des usages du milieu marin (extraction de granulats),
  • phénomènes physiques : érosion et sédimentation, submersion. Sur la côte sableuse de la façade ouest du Cotentin, l'érosion peut atteindre 4 à 6 mètres par an.

 

En Seine-Maritime, l'érosion des falaises par l'action conjointe de la mer et des eaux continentales nourrit, après désagrégation de la craie, le cordon de galets siliceux (apport annuel estimé à 40 000 m3) qui sous l'action de la houle se déplace le long de la côte, vers le nord. En Seine-Maritime, les avancées de ports et les épis stoppent le transit des galets et créent à la fois des zones d'accumulation et des zones déficitaires qui accentuent l'érosion marine.

 

Les zones submersibles par la mer en conditions extrêmes concernent une dizaine de communes de Seine-Maritime, la baie des Veys, quelques havres et le littoral entre Ver-sur-Mer et Ouistreham.